
Une évolution qui met en évidence les changements de perception vis à vis des œuvres d'art. Une histoire du métier qui pose les questions fondamentales - pour nous aujourd'hui - du respect, de la sensibilité, de la responsabilité, des connaissances...
La restauration est le résultat d'un développement culturel de la société. Son développement a ses origines dans la naissance du monde moderne. On commence dès lors à voir les vestiges dela société avec les yeux de la nostalgie et à porter l'attention sur leur sauvegarde, à ériger des lois pour leur protection. Il se développe parallèlement des concepts modernes dans la restauration et la conservation des biens culturels.
L'histoire de la restauration est difficile à cerner, surtout dans ses débuts, du fait de la rareté des documents écrits. Les artisans étaient, en général, hostiles à décrire leurs interventions, souhaitant conserver leurs "tours de mains" secrets, leurs commanditaires leur faisaient confiance.
Plus tard, les propriétaires-collectionneurs ne cherchaient pas exactement à connaître l'état exact de leurs tableaux, ni à savoir ce qui leur avait redonné leur jeunesse, afin de ne pas en dépressier la valeur.
Pendant cette première période, on rencontre dans les textes d'archive les terme "lavé, néttoyé, rafraîchi" ou on "refait les couleurs". Les peintures étaient nettoyées, ce qui signifiait dévernies puis repeintes en partie ou en totalité, soit pour leur entretien, soit pour les adapter aux exigences changeantes du goût ou de la liturgie de leur nouvel emplacement. Souvent, moins d'un an après leur réalisation, les grands ouvrages de peinture étaient ainsi "restaurés" par des peintres dont certains se font une spéciallité de ces retouches, comme Guerchin, Guido Réni ou Domenico Ghirlandaio.
Le respect du tableau considéré comme une œuvre d'art n'existait pas !
Du milieu du XVIIè au premier tiers du XVIIIè, une évolution s'est faite avec une amorce d'organisation officiel : la nomination d'Antoine Paillet, premier conservateur chargé du "nettoyement" des collections royales, et la naissance d'une technique, le rentoilage.
Une intense politique de modification des dimensions des tableaux fut entreprise. Ils étaient considérés comme simples objets de décoration, adaptés aux emplacements successifs qu'ils devaient occuper, ou remaniés pour répondre à l'évolution du goût.
Du premier tiers du XVIIIè siècle jusqu'à la révolution, on assiste à la naissance d'une nouvelle discipline autonome. Cela pour de nombreuses raisons : l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert apportait un renouvellement des connaissances. La chimie et les techniques faisaient d'immenses progrès, l'intérêt pour l'histoire de l'art grandissait grâce à Winckelmann. Les fouilles de Pompéi et d'Herculanum amenèrent sur le marché de l'art une quantité d'œuvres qui ne seront plus réservées aux collections royales et princières mais aussi à l'amateur qui va jouer un rôle considérable pour la conservation des collections.
Parallèment trois évènements vont faire entrer la restauration dans une nouvelle ère.
Le premier évènement fut le choix en 1740 d'un "peintre-restaurateur" (Ferdinand-Joseph Godefroid) pour surveiller l'entretien des collections royales et non plus d'un peintre à part entière.
Le deuxième évènement essentiel est la décision du surintendant des bâtiments du Roi, le comte d'Angiviller de vouloir accorder ce privilège à une seule personne, voulant être libre du choix du spécialiste le plus apte.
Tout restaurateur qui fera un mystère de ses prétendus secret ne doit pas être employé parce qu'il est risible de croire que les moyens extraordinaires sont nécessaires dans une opération qui ne demande que de la patience, de l'adresse et du soin, parce que les moyen extraordinaires sont d'un dangereux certains et leurs avantages très incertains."
Enfin, même si les traités de technique picturale font mention de nouvelles préoccupation de restauration, en définissant le rôle des repeints, des revernissages, du rajeunissement, des rentoilages et des marouflages, le troisième évènement qui a marqué le monde de la restauration est la transposition. Déjà pratiqué 35 ans plus tôt en Italie, elle est connue en France grâce à Robert Picault.
Désormais le rentoileur et le restaurateur sont deux spécialistes différents. Le restaurateur n'est plus un peintre à part entière mais devient peintre en restauration picturale. Le privilège d'un restaurateur unique pour les collections royales est aboli, la concurrence entre spécialistes est établie, les prix et les méthodes sont contrôlés, le secret est banni. Le restaurateur sort de son état d'artisan anonyme et acquiert un certain prestige aux yeux des amateurs et de l'opinion publique. La meilleure définition des techniques de restauration va de pair avec celle du métier de restaurateur qui se différencie de celui de peintre, précisément à cette époque.
De la Révolution Française à 1815, l'intérêt pour la restuaration se généralise et se déceloppe. L'éveil du nationalisme engendre un besoin aigu de préserver et sauvegarder les œuvres du passé.
Au début de l'activité des commissions artistiques révolutionnaires, Jean-Michell Picault et Jean-Batiste Pierre Lebrun critiquèrent dans des pamphlets les restaurations antérieures faites de manière hâtives. Devenu commissaire expert en 1797, J.B.P Lebrun fut chargé de décider des interventions, de vérifier les mémoires des restaurateurs...
Vers 1815, l'œuvre d'art est perçue pour la premmière fois dans une perspective historique, comme le témoin d'une activité humaine qui s'est manifestée à un moment donné et qui, comme tel, doit être conservé. La restauration se pose dès lors comme une discipline scientifique et non plus comme une pratique artisanale de la "refaçon". De 1848 à 1861, une organisation nouvelle est mise en place par Frédéric Villot, historien d'art nommé conservateur des peintures du Louvre, qui crée une commission de surveillance de la restauration et institution d'un concours de recrutement des restaurateurs.
À partir de 1930 se constitue une "science de la restauration", selon une méthodologie basée sur un travail plusidisciplinaire et sur l'exploitation des méthodes de laboratoire pour poser un diagnostic approfondi de lœuvre à traiter sous l'impulsion de Paul Coremans, directeur de l'Institut Royal du Patrimoine Artistique de Bruxelles.
Simultanément, Cesare Brandi, fondateur en 1939 de L'Istituto Centrale per il Restauro à Rome, insiste sur une approche critique de l'œuvre que doivent adopter les restaurateurs avant toute iontervention. En outre, avec l'engouement de l'opinion publique, on reconnaît deux critères qui doivent être respectés :
Il prône le respect de l'œuvre originale comme documenet historique et comme création esthétique. Brandi démontre que la restauration est un problème culturel avant d'être un problème technique, parce que le jugement critique que le restaurateur porte sur l'œuvre dépendra aussi de sa culture et de l'influence que le goût du temps exerce sur lui.
La stabilité exige que les traitements utilisés n'évoluent pas dans leur aspect physiquer ou chimique. La lisibilité implique que la restauration rende sa cohérence à l'œuvre. La réversibilité pose le principe que toute intervention puisse être retirée sans dommage pour l'œuvre, seule garantie si la pièce originale n'est plus dans l'intégralité de son authenticité.
Gilbert Émile-Mâle résume en quelques mots les principes instaurés par C.Brandi :
Les restaurateurs ont maintenant une solide formation, à la fois historique, technique, et esthétique. Il leur faut la place qui doit être la leur entre l'historien d'art et le scientifique, cette formation pluridisciplinaire et une collaboration indispensable pour éviter des interventions abusives qui ont meurtries de grands chefs d'œuvres.
Histoire de la restauration en Europe. Survol sur l'histoire de la restauration des peintures du Louvres. Par G. Émile-Mâle, 1991, vol.1
Encyclopédie Universalis, par Gazzola-Matteo, vol.19 p.961-972.
Histoire de la restauration en Europe, histoire et actualité de la restauration, par P. Philippot, 1991, vol.II.