
Nous vous proposons aussi de voir :
En sortant du cadre religieux, l'objet tableau devient un objet de décoration mais aussi un objet de reconnaissance sociale dans les premiers portraits bourgeois, mais en tant qu'objet de décoration il poursuivra sa route pour devenir un objet de délectation esthétique. De fait, celle-ci engendrera un attrait commercial qui rendra la peinture et les tableaux comme, non seulement un objet de délectation esthétique, mais aussi comme étant un objet de luxe et de reconnaissance du pouvoir et donc, un objet purement commercial.
Enfin, le tableau sera considéré comme un témoin des temps passés, un témoin "objectif", une image non pas mentale et reconstruite à partir de données concernant une époque, mais comme une image figurant le passé et venant de lui. A l'image portée par le tableau se rajoute la notion d'objet à part entière, possédant en plus de l'image un support -dont l'analyse va par exemple nous renseigner sur ce que cela représente, mais aussi sur les matériaux composant l'objet et donc sur bien des choses (évolution des fibres végétales et donc composition de l'atmosphère, pigments utilisés et donc terre ou animaux présents à l'époque..).
Le témoignage apporté par un tableau est alors non seulement esthétique, mais aussi historique, d'abord partiellement (culturellement), ensuite globalement, c'est à dire en tant que témoin universel. C'est de cette double prise de conscience du caractère à la fois esthétique et historique du tableau qu'est venu progressivement un véritable respect de l'oeuvre dans sa restauration et dans sa conservation. Le terme de restaurateur de tableau est d'ailleurs apparu au XIXè siècle.
Dès le quinzième siècle, il a fallut agir pour tenter de freiner ou corriger les phénomènes de vieillissement et leurs conséquences, sans oublier les accidents. A cette époque, les tableaux sont de petites tailles et principalement sur bois, les préparations traditionnelles sont de bonne qualité et les tempera, peintures à la colle, ou la cire résiste bien au temps, surtout dans le sud. Néanmoins, les icônes qui se transportent durant les voyages peuvent subir des préjudices et nécessitent des restaurations. Ce sont les peintres qui s'occupent de cette tâche et l'empirisme étant total, les matériaux réduits, ils se débrouillaient comme ils pouvaient selon des méthodes plus ou moins judicieuses. Ce qui est intéressant de constater, c'est qu'à l'époque, le métier de peintre qui comportait 10 à 12 années d'apprentissage, n'avait, lui, rien d'empirique.
Bon nombre de tableaux ont vraisemblablement été perdus, abîmés ou pire, ayant mal vieilli, ils étaient recopiés et jetés. Les simples décors étaient vites passés de mode, ou bien se flétrissant étaient repeints en totalité ou détruits. Pour les oeuvres célèbres, on demande le plus souvent aux plus grands artistes du moment de les restaurer, artistes qui ne se contentent pas simplement de faire cela, mais qui veulent aussi marquer leur époque et les époques à venir ; les copies qui sont faites alors sont "personnalisées", et se révèlent alors plus comme de la main du copiste que comme de celle du peintre initial.
Outre les mauvaises restaurations, on trouve d'autres manipulations sur les tableaux d'époque, comme les changements de format de panneaux peints trop grands, par exemple pour une remise en boiserie dans une autre maison que la maison d'origine. On trouve ainsi, bon nombre d'exemples dont :
Les premières grandes collections sont à cette époque les collections italiennes, puis celle de François 1er et enfin, au XVIIè siècle les collections royales (Louvres puis Versailles), toutes collections dans lesquelles seront effectuées d'importantes modifications. Au XVIIè siècle, l'oeuvre d'art a perdu son caractère dévot (les icônes elles-mêmes sont repeintes) et sont devenues des objets purement décoratifs, et en cela, on assiste déjà à un début de la "commercialisation"dans un sens moderne, notamment avec la dispersion des panneaux d'églises.
Un autre point important fin XVIIIè est l'apparition des premiers musées en Italie et en France (Muséum national après la révolution). L'oeuvre devient un bien universel ; on se rend compte des pillages et saccage de la révolution et on essaie de sauvegarder l'oeuvre, voire de la sauver tout simplement.
Avec le siècle des Lumières on prend conscience de la valeur historique de l'objet d'art, de l'oeuvre d'art en général et une idée nouvelle apparaît : celle de préservation. Le développement des ateliers va alors de paire avec celui des techniques. Outre l'aspect "encyclopédique" amené par le siècle des Lumières (qui va entraîner la prise de conscience de l'historicité de l'oeuvre d'art), ce siècle possède un goût pour le développement des techniques, et la restauration de tableaux devient un champ pour l'expérimentation des sciences physiques et chimiques.
L'évolution de ce regard sur l'oeuvre d'art et la théorisation des processus de dégradation et de ceux de restauration amènent un progrès théorique primordial : il est nécessaire de restaurer le tableau en utilisant des techniques et des matériaux spécialisés propres à rendre aux objets leur intégrité matérielle.
Cela entraîne la mise en place de deux méthodes de restauration du support en Italie et en France, puis dans les Pays Bas : le rentoilage et la transposition, le premier respectant l'idée de conservation de l'intégrité matériel, le second ne respectant pas cette idée. Le rentoilage est découvert en Italie à la fin du XVIIè et importé en France début XVIIIè. Cette opération consiste à "doubler" une toile ancienne affaiblie avec une toile neuve par apport d'une colle (maroufle) d'où le premier nom de cette opération, nom qui à présent signifie le collage de deux supports distincts. Cette colle va imprégner l'ensemble des matériaux anciens et nouveaux, permettant ainsi non seulement la consolidation du support mais aussi le refixage des différents feuils de l'objet tableau.
Cette exposition ainsi que le développement des ateliers spécialisés donna naissance à une "mode de la restauration" chez les particuliers, principalement ceux de la nouvelle bourgeoisie. En fait la transposition pose d'énormes problèmes conservatifs. Sa mise en application se déroulait de la façon suivante : d'abords, on cartonnait la couche picturale pour la maintenir de manière plane en collant dessus un papier plus ou moins fort à l'aide de colle de peau. On éliminait le support ancien par rabotage ou pontage, puis on recollait l'ensemble préparation/couche picturale sur un support neuf (toile). Enfin on enlevait le papier de cartonnage.
Or, un autre support aura des intensités et des directions nécessairement différentes, ce qui oblige la peinture à craqueler dans un nouveau réseau qui ne lui permet plus de maintenir sa cohérence, les points d'attache de la peinture et de la préparation au support devenant trop faibles pour rester en cohésion, pn assiste à des déplacages. La transposition avait donc à plus ou moins long terme selon la qualité des matériaux et les conditions de stockage, la tendance à entraîner une perte de cohérence généralisée entre la peinture et son support, c'est à dire, en pire, ce contre quoi elle avait pour but de lutter.
Autre problèmes inhérents à la perte de souplesse de l'huile : en cas de transposition d'une peinture sur support bois qui avait bombé, sur une toile, l'huile, telle un ressort, reprend sa courbure ce qui, outre le problème d'écaillage entraîne de sérieux problèmes de soulèvements.
C'est la rapide constatation de tout cela (vers 1780) qui fit abandonner rapidement cette technique par les artisans scrupuleux et sérieux, pour malgré tout survivre chez d'autres. On voit d'ailleurs à cette époque apparaître des "secrets d'atelier", des techniques non partagées qui, non seulement freinait le progrès du métier, mais qui aussi frisait parfois le charlatanisme.
Il est à noter que la transposition a été un élément prépondérant de destruction d'oeuvres d'art.
Parmi les grands ateliers, outre l'Atelier Picault, on trouve en France l'Atelier de la veuve Goddefroy avec M. Collin qui en 1775 travaille et retouche les collections royales. On trouve aussi l'Atelier Louis Haquin qui fut à l'origine d'un progrès notable dans la restauration des peintures sur bois : le parquet coulissant (en 1770).
C'est un ensemble de traverses fixes dans le sens du fil du bois et de traverses coulissantes dans le sens du contre fil qui permet au bois de consolidation de suivre les mouvements du support ancien, technique qui en raison de sa lourdeur sera délaissée dès que des techniques plus légères seront mises au point (collage à point vif).
C'est Pietra EDWARDS qui vers 1778, inspiré par une recherche de matériaux plus stables, à mis au point cette technique dans son atelier que l'on appelait à l'époque le "Laboratoire".
Si certaines choses s'améliorent, d'autres, en revanche, restent à déplorer, enfin certaines ne sont pas encore existantes. Parmi celle-ci, les techniques de refixage restent limitées et ne trouveront leur éventail qu'avec l'avènement des résines synthétiques. Parmi les choses à déplorer, les techniques de nettoyage restent très grossières (lessive de potasse, urine, eau de vie, oignon...).
La plus part d'entre elles, outre le dégât immédiat que l'utilisation de produits aussi puissants peut entraîner, laisse en dépôt des substances qui par pénétration dans les matériaux, risquent de donner à long terme plus encore de dégâts. De plus, l'oxydation des vernis et la suie de fumée, ainsi que la pollution atmosphérique "graisseuses" de l'époque, entraînent la nécessité d'une certaine fréquence dans l'entretien des tableaux.
Le XIXè siècle va poursuivre les efforts d'analyse et de compréhension des objets du passé l'essor de l'archéologie entraîne d'une manière générale un développement des technique d'introspection et d'analyse des objet. On assiste à une véritable recherche d'une connaissance de l'objet traité ce qui permet à travers une meilleur compréhension de mieux agir sur lui tant pour le restaurer que pour le conserver.
Enfin, les progrès en chimie théorique, permettent de mettre au point des processus modernes de dévernissage et de nettoyage des tableaux. On assiste alors en France et en Grande Bretagne à des campagne de nettoyage des collections publiques ; par exemple en 1850 M. Villot en France qui sera obligé de démissionner en 1860 du fait de ses nettoyages jugés excessifs. Cet exemple montre bien à quel point le restaurateur de tableau se doit de travailler avec le conservateur et sous son jugement. Autre grand nom M. Eastlake à Londres en 1865.
Ce point de vue est double :
On va alors utiliser uniquement des pigments stables et, du fait de l'apparition des résines synthétiques, en faire fabriquer une qui présente les mêmes caractéristiques visuelles que l'huile (principalement brillance) mais qui présente non seulement le caractère réversible des vernis, mais aussi une plus grande stabilité afin d'éviter les problèmes de jaunissement et brunissement des retouches.
Dès la fin du XIXè siècle, et devant cet ensemble de progrès, les musées se dotent de laboratoires qui établissent de façon définitive une doctrine et des principes de restauration. Ainsi les laboratoires sont :
bien que le Louvres fut déjà équiper d'atelier depuis 1910.
Les derniers progrès viennent des années 60 où on assiste à une suite de congrès et de colloque achevant de mettre au point les techniques et attitudes communes et universelles de restauration.
A la suite de ces congrès (dont le premier est celui de Madrid en 1961), et du fait des énormes chantiers (notamment ceux de Florence, à la suite des inondations de 1966) le progrès dans le maniement et le perfectionnements des techniques traditionnelles et modernes est énorme et campe définitivement les modes opératoires et analytiques des tableaux et de leur restauration.