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Enregistrer au format PDF Histoire de l’art

Une histoire du métier

Histoire de la restauration de tableaux

Une évolution qui met en évidence les changements de perception vis à vis des œuvres d’art. Une histoire du métier qui pose les questions fondamentales - pour nous aujourd’hui - du respect, de la sensibilité, de la responsabilité, des connaissances...

Introduction

La restauration est le résultat d’un développement culturel de la société. Son développement a ses origines dans la naissance du monde moderne. On commence dès lors à voir les vestiges dela société avec les yeux de la nostalgie et à porter l’attention sur leur sauvegarde, à ériger des lois pour leur protection. Il se développe parallèlement des concepts modernes dans la restauration et la conservation des biens culturels.

L’histoire de la restauration est difficile à cerner, surtout dans ses débuts, du fait de la rareté des documents écrits. Les artisans étaient, en général, hostiles à décrire leurs interventions, souhaitant conserver leurs "tours de mains" secrets, leurs commanditaires leur faisaient confiance.
Plus tard, les propriétaires-collectionneurs ne cherchaient pas exactement à connaître l’état exact de leurs tableaux, ni à savoir ce qui leur avait redonné leur jeunesse, afin de ne pas en dépressier la valeur.

L’évolution du métier de restaurateur : de l’empirisme à la responsabilité et du secret d’atelier à la définition des méthodes.

Dès le XVIè siècle, les mentions de restauration de peinture sont nombreuses. Les travaux étaient toujours confiés à des artistes peintres ou des artistes restaurateurs, ce qui montre l’assimilation des fonctions de restaurateur à celle de peintre qui pensait pouvoir se substituer à l’artiste pour "améliorer" l’original ou pour adapter l’œuvre au goût du jour.

Pendant cette première période, on rencontre dans les textes d’archive les terme "lavé, néttoyé, rafraîchi" ou on "refait les couleurs". Les peintures étaient nettoyées, ce qui signifiait dévernies puis repeintes en partie ou en totalité, soit pour leur entretien, soit pour les adapter aux exigences changeantes du goût ou de la liturgie de leur nouvel emplacement. Souvent, moins d’un an après leur réalisation, les grands ouvrages de peinture étaient ainsi "restaurés" par des peintres dont certains se font une spéciallité de ces retouches, comme Guerchin, Guido Réni ou Domenico Ghirlandaio.
Le respect du tableau considéré comme une œuvre d’art n’existait pas !

Du milieu du XVIIè au premier tiers du XVIIIè, une évolution s’est faite avec une amorce d’organisation officiel : la nomination d’Antoine Paillet, premier conservateur chargé du "nettoyement" des collections royales, et la naissance d’une technique, le rentoilage.
Une intense politique de modification des dimensions des tableaux fut entreprise. Ils étaient considérés comme simples objets de décoration, adaptés aux emplacements successifs qu’ils devaient occuper, ou remaniés pour répondre à l’évolution du goût.

Le siècle des Lumières : un éclairage sur les techniques du métier

Du premier tiers du XVIIIè siècle jusqu’à la révolution, on assiste à la naissance d’une nouvelle discipline autonome. Cela pour de nombreuses raisons : l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert apportait un renouvellement des connaissances. La chimie et les techniques faisaient d’immenses progrès, l’intérêt pour l’histoire de l’art grandissait grâce à Winckelmann. Les fouilles de Pompéi et d’Herculanum amenèrent sur le marché de l’art une quantité d’œuvres qui ne seront plus réservées aux collections royales et princières mais aussi à l’amateur qui va jouer un rôle considérable pour la conservation des collections.

Parallèment trois évènements vont faire entrer la restauration dans une nouvelle ère.

Le premier évènement fut le choix en 1740 d’un "peintre-restaurateur" (Ferdinand-Joseph Godefroid) pour surveiller l’entretien des collections royales et non plus d’un peintre à part entière.

Le deuxième évènement essentiel est la décision du surintendant des bâtiments du Roi, le comte d’Angiviller de vouloir accorder ce privilège à une seule personne, voulant être libre du choix du spécialiste le plus apte.

"On testera des spécialistes sur des tableaux secondaires, on prendra les meilleurs. Un restaurateur n'aura pas le droit de faire du rentoilage, celui-ci sera payé à un tarif précisé suivant les dimensions et l'état. La restauration sera payée à l'entreprise, à la journée, suivant un tarif. Tous ces artisans travailleront en commun pour s'éclairer mutuellement (...)".

Tout restaurateur qui fera un mystère de ses prétendus secret ne doit pas être employé parce qu’il est risible de croire que les moyens extraordinaires sont nécessaires dans une opération qui ne demande que de la patience, de l’adresse et du soin, parce que les moyen extraordinaires sont d’un dangereux certains et leurs avantages très incertains."

Enfin, même si les traités de technique picturale font mention de nouvelles préoccupation de restauration, en définissant le rôle des repeints, des revernissages, du rajeunissement, des rentoilages et des marouflages, le troisième évènement qui a marqué le monde de la restauration est la transposition transposition Les transpositions sont les actions volontaires ou non conduisant la couche picturale à se déssolidariser entièrement de son support. On distingue les transpositions spontanées des transposions volontaires, ancienne technique de restauration consistant à séparer la couche picturale de son support. Devenue obsolète elle a causé de grandes dégradations et des pertes définitive d’œuvre ! . Déjà pratiqué 35 ans plus tôt en Italie, elle est connue en France grâce à Robert Picault.

De 1774 à la révolution, d’Angiviller, dernier surintendant des bâtiments du Roi, fut le premier à avoir donné une véritable structure à la restauration officielle, à en avoir défini une politique. L’essentiel des principes des techniques conservative était inventé.

Désormais le rentoileur et le restaurateur sont deux spécialistes différents. Le restaurateur n’est plus un peintre à part entière mais devient peintre en restauration picturale. Le privilège d’un restaurateur unique pour les collections royales est aboli, la concurrence entre spécialistes est établie, les prix et les méthodes sont contrôlés, le secret est banni. Le restaurateur sort de son état d’artisan anonyme et acquiert un certain prestige aux yeux des amateurs et de l’opinion publique. La meilleure définition des techniques de restauration va de pair avec celle du métier de restaurateur qui se différencie de celui de peintre, précisément à cette époque.

Assurer l’avenir des oeuvres du passé

De la Révolution Française à 1815, l’intérêt pour la restuaration se généralise et se déceloppe. L’éveil du nationalisme engendre un besoin aigu de préserver et sauvegarder les œuvres du passé.
Au début de l’activité des commissions artistiques révolutionnaires, Jean-Michell Picault et Jean-Batiste Pierre Lebrun critiquèrent dans des pamphlets les restaurations antérieures faites de manière hâtives. Devenu commissaire expert en 1797, J.B.P Lebrun fut chargé de décider des interventions, de vérifier les mémoires des restaurateurs...
Vers 1815, l’œuvre d’art est perçue pour la premmière fois dans une perspective historique, comme le témoin d’une activité humaine qui s’est manifestée à un moment donné et qui, comme tel, doit être conservé. La restauration se pose dès lors comme une discipline scientifique et non plus comme une pratique artisanale de la "refaçon". De 1848 à 1861, une organisation nouvelle est mise en place par Frédéric Villot, historien d’art nommé conservateur des peintures du Louvre, qui crée une commission de surveillance de la restauration et institution d’un concours de recrutement des restaurateurs.

Pour une philosophie de la restauration

À partir de 1930 se constitue une "science de la restauration", selon une méthodologie basée sur un travail plusidisciplinaire et sur l’exploitation des méthodes de laboratoire pour poser un diagnostic approfondi de lœuvre à traiter sous l’impulsion de Paul Coremans, directeur de l’Institut Royal du Patrimoine Artistique de Bruxelles.
Simultanément, Cesare Brandi, fondateur en 1939 de L’Istituto Centrale per il Restauro à Rome, insiste sur une approche critique de l’œuvre que doivent adopter les restaurateurs avant toute iontervention. En outre, avec l’engouement de l’opinion publique, on reconnaît deux critères qui doivent être respectés :

  1. l’un d’ordre historique : sa formulation à une époque donné, dans un lieu donné et son passage dans le temps ;
  2. l’autre d’ordre esthétique : sa qualité inhérente d’œuvre d’art.

Il prône le respect de l’œuvre originale comme documenet historique et comme création esthétique. Brandi démontre que la restauration est un problème culturel avant d’être un problème technique, parce que le jugement critique que le restaurateur porte sur l’œuvre dépendra aussi de sa culture et de l’influence que le goût du temps exerce sur lui.

C’est enfin Paul Philippot en 1977, à la tête de l’ICCROM (International Comittee of Conservation-Restauration of the Museum) qui va développer les fondements philosophiques modernes de la conservation-prévention, en formulant les trois règles de la stabilité, de la lisibilité et de la réversibilité.

La stabilité exige que les traitements utilisés n’évoluent pas dans leur aspect physiquer ou chimique. La lisibilité implique que la restauration rende sa cohérence à l’œuvre. La réversibilité pose le principe que toute intervention puisse être retirée sans dommage pour l’œuvre, seule garantie si la pièce originale n’est plus dans l’intégralité de son authenticité.

Des praticien pluridisciplinaires

Gilbert Émile-Mâle résume en quelques mots les principes instaurés par C.Brandi :

"la restauration est une opération technique mais aussi critique qui évolue dans l'exigence esthétique et l'honnêteté historique". Elle est apparue comme une médicine pour prolonger la vie de l'œuvre. "La France a suivi une politique équilibrée avec la conviction que seules les méthodes largement expérimentées peuvent être un début de garantie du moins mauvais choix possible. Ce pragmatisme prudent a permis et permet de traiter les tableaux avec des méthodes scientifiques plus sûres, des produits plus diversifiés et moins dangereux et des équipes de restaurateurs mieux informés qu'il y a cinquante ans".

Les restaurateurs ont maintenant une solide formation, à la fois historique, technique, et esthétique. Il leur faut la place qui doit être la leur entre l’historien d’art et le scientifique, cette formation pluridisciplinaire et une collaboration indispensable pour éviter des interventions abusives qui ont meurtries de grands chefs d’œuvres.

Bibliographie

Histoire de la restauration en Europe. Survol sur l’histoire de la restauration des peintures du Louvres. Par G. Émile-Mâle, 1991, vol.1

Encyclopédie Universalis, par Gazzola-Matteo, vol.19 p.961-972.

Histoire de la restauration en Europe, histoire et actualité de la restauration, par P. Philippot, 1991, vol.II.