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Enregistrer au format PDF Définition et historique

Définition du métier

Aperçu général du métier

Définition :
On appelle restauration d’oeuvre d’art, toute technique visant à la remise en état "à l’identique" du patrimoine mobilier ou immobilier en conformité avec la vérité historique. La notion "à l’identique" est entendue comme précisée plus bas, c’est à dire en conformité avec la vérité historique ; c’est-à-dire sans transformation de "l’idée d’origine", sans interprétation aucune. L’identique est ici un identique ayant vécu, tout comme un être est toujours lui-même plus tard dans sa vie, l’oeuvre doit toujours être elle même, c’est à dire elle et son vécu.

Chantier de restauration de tableau

À aucun moment le restaurateur ne doit transformer ou mettre au goût du jour ou du propriétaire.

Mais la restauration n’est pas que cela, ce n’est pas simplement une remise en état, c’est une remise en état qui doit durer. La restauration s’accompagne obligatoirement de l’idée de préservation, de conservation.

On appelle conservation :

Il existe enfin une troisième notion liée à la restauration, une notion plus de tempérance que de mode opératoire : c’est l’acceptation. L’acceptation est la qualité de jugement qui permet de concevoir et de tolérer totalement et sans restriction, la présence de marques de vieillissement ou de dégradation irréversible de l’oeuvre, c’est à dire son état intrinsèque une fois restaurée dans les limites de la vérité historique. C’est l’acceptation de l’historicité et des marques indélébiles du temps. Mais c’est aussi l’acceptation de la valeur intrinsèque de l’oeuvre, telle qu’elle est, et telle qu’elle a été conçue. Enfin, c’est l’acceptation du devenir de l’oeuvre, du fait des processus naturels de vieillissement qui font de l’oeuvre un objet altérable dans le temps. On voit déjà ici que la restauration est une activité de recherche d’équilibre entre un objet, nous et le temps qui passe. L’acceptation de l’oeuvre signifie qu’en principe, on a la même attention sur un Rembrandt et sur le tableau fait par l’arrière grand-mère du client qui vous l’amène

Une oeuvre est une démarche artistique, un moment d’expression, de lutte face au temps, ou de passion, quoi qu’il en soit c’est un moment où il se passe quelque chose et c’est à ce quelque chose là que le restaurateur doit permettre de survivre.

Les deux grandes parties de la restauration de tableaux

On distingue deux parties en restauration : la restauration conservative la restauration esthétique.

  • La première regroupe les techniques permettant à l’objet non seulement de survivre, de garder sa cohésion et sa forme initiale, mais elle permet aussi de reprendre cette cohésion ou cette forme initiale lorsque celles-ci l’ont abandonnée. Elle donc aussi bien préventive que curative.
  • La seconde s’occupe de l’amélioration de l’aspect physique et de la lisibilité de l’oeuvre, c’est principalement elle qui occupe le coeur de débat déontologique sur la restauration. Toutes deux doivent être réversibles, mais si la conservation d’une oeuvre nécessite l’emploi d’opérations irréversibles, la sécurité de l’oeuvre passe avant la réversibilité de l’opération. De plus, il est à noter qu’une opération conservative peut le plus souvent se renverser, mais qu’elle n’est jamais totalement irréversible, dans la mesure où il restera toujours un peu de l’adhésif utilisé au coeur de la matière.

Par contre, et notamment en réintégration réintégration L’ expression désigne l’ensemble des opérations nécessaires à reconstituer un manque de l’image. On y distingue le masticage (première opération) qui permet d’une part la mise à niveau de la lacune (manque de peinture et éventuellement de préparation), mais aussi de reconstituer le relief de la peinture ou imprimé en elle (empâtement, coup de pinceau, grains de la toile). picturale, les opérations, si bien faites soient elles, doivent toujours être réversibles, dans la mesure où aucune stabilité n’est infinie. Enfin, il est à noter que les opérations esthétiques ont une part conservative, de même que les opérations conservatives ont une part esthétique

Allègement de vernis

Généralités

D’un certain point de vue, la restauration doit se donner un rôle similaire à la médecine.
La part de prévention que l’on doit amener à un tableau doit prendre en compte les problèmes d’hygrométrie, de déplacements, d’accrochages, de lumière...

La partie curative doit aussi être mener avec circonspection.

Ainsi, si cela suffit, on doit toujours privilégier les interventions les plus légères (refixage refixage Le refixage est l’opération permettant de redonner de la cohésion à un ensemble couche picturale/préparation seulement, ou un ensemble plus étendu de strates du tableau. Ce peut être aussi une opération permettant la reprise de clivage interne à un feuil du tableau. localisé, pose d’incrustation, bande de tension...) : le point de vue du restaurateur est minimaliste.

Par contre, si des interventions lourdes sont l’unique réponse au problème, le restaurateur doit refusé le compromis : il faut faire ce qu’il faut faire. Globalement, on admet qu’une oeuvre doit et peut subir une intervention lourde par siècle et de petites interventions par décennie(s).

Diagnostic d’un tableau

Une intervention doit toujours être définie à partir d’un diagnostic complet du tableau et de son état, le diagnostic étant l’observation très rigoureuse de l’oeuvre dans son état d’arrivée. De plus, chaque opération que ce diagnostic définit doit toujours être testée avant son application définitive et générale (ou locale d’ailleurs !).
Pour cela, le restaurateur dispose d’une large gamme de produits et d’opérations, ainsi que de nombreux moyens d’observations directs et indirects (UV, photographie, tests divers, et moyens techniques d’observation et d’analyse de haute technologie). L’observation, le diagnostic et les tests doivent permettre de mettre en place un dossier technique cohérent sur l’analyse et la restauration d’une oeuvre d’art.

Règles fondamentales de la restauration de tableaux

Ragréage de mastic lors de la réintégration picturale

Stabilité et compatibilité

La stabilité est le principe de matériaux stables, un matériel étant stable s’il conserve sa qualité dans le temps. D’un point de vue absolu, il n’existe aucun matériel définitivement stable, néanmoins, certains matériaux présentent une grande stabilité dans le temps, dépassant parfois largement l’échelle humaine, par exemple dans les pigments (une trentaine de pigments stables, le minimum pour une palette étant de huit pigments). De même pour les adhésifs et fixatifs, on utilise en restauration les matériaux les plus stables.

Mais, la stabilité de la matière, n’est pas en soit un critère suffisant, à cela se rajoute la stabilité de l’opération qui l’utilise. Les techniques employées en restaurations sont le plus souvent des techniques éprouvées par la tradition, sauf peut-être dans le cadre de l’art moderne ou le restaurateur est parfois amené à innover. A la stabilité se rajoute la notion de compatibilité. Un matériel (et une opération) est compatible, à partir du moment où il n’entraîne aucune instabilité des autres matériaux, que ce soit ceux rajoutés ou ceux d’origine. Cette notion nous amène à employer, dans la mesure du possible, des matériaux les plus proches possibles de ceux d’origine (cf. rentoilage colle de pâte), néanmoins, ce n’est pas là un impératif catégorique en restauration. Ainsi, si le clivage peinture moderne/peinture classique répond au clivage de matériaux de restauration modernes/traditionnels, cela n’est vrai que lorsque cela est possible, et cela s’avère complètement faux pour la réintégration réintégration L’ expression désigne l’ensemble des opérations nécessaires à reconstituer un manque de l’image. On y distingue le masticage (première opération) qui permet d’une part la mise à niveau de la lacune (manque de peinture et éventuellement de préparation), mais aussi de reconstituer le relief de la peinture ou imprimé en elle (empâtement, coup de pinceau, grains de la toile). picturale qui utilise des matériaux n’ayant, dans leur nature, pas grand chose à voir avec l’huile.

Refixage généralisé par le dos
ATTENTION, si on est amené parfois à utiliser des résines modernes sur des tableaux anciens, il est souvent extrêmement dangereux d’utiliser des produits traditionnels (naturels) sur des tableaux nouveaux.

La réversibilité

Dire qu’une intervention est réversible, signifie qu’elle doit, non seulement être considérée comme provisoire, mais aussi pouvoir se "renverser" à tout moments, y compris dans un futur plus ou moins lointain.. L’avenir de l’oeuvre doit rester ouvert aux techniques et aux interventions qui nous sont ultérieures ce qui doit faire naître chez le restaurateur une humilité toujours renouvelée sur son travail.

C’est aussi la réversibilité qui assure aux interventions le respect de la vérité historique, dans la mesure où on peut toujours retrouver l’identité du tableau, dans son origine et son historicité. La réversibilité est aussi une condition sine qua non de sécurité pour le tableau, car ce qui ne pourrait être défait pourrait, si c’est mal fait ou si c’est une erreur, poser de gros problèmes.

La réversibilité est rassurante pour le restaurateur et pour le propriétaire du tableau. Globalement on évite les matériaux suivant : peintures à l’huile ou acrylique pour peintre, colle époxy (avec durcisseur incorporé ou incorporable) les mastics polyester. Enfin, la réversibilité (et le respect de l’historicité) entraîne qu’aucune opération en dehors de l’élimination de ce qui a été rajouté sur l’oeuvre d’origine, ne peut être destructive, comme ce fut le cas lors des transpositions.

Palette de pigments : la retouche

La lisibilité et le respect de la patine

La lisibilité est la qualité intrinsèque de l’oeuvre à pouvoir être facilement appréhender et "interprétable" par l’observateur. Elle nécessite un bon aspect conservatif, un dosage du nettoyage respectueux de la patine, et un choix judicieux dans la réintégration réintégration L’ expression désigne l’ensemble des opérations nécessaires à reconstituer un manque de l’image. On y distingue le masticage (première opération) qui permet d’une part la mise à niveau de la lacune (manque de peinture et éventuellement de préparation), mais aussi de reconstituer le relief de la peinture ou imprimé en elle (empâtement, coup de pinceau, grains de la toile). des lacunes. On note qu’au niveau de la réintégration réintégration L’ expression désigne l’ensemble des opérations nécessaires à reconstituer un manque de l’image. On y distingue le masticage (première opération) qui permet d’une part la mise à niveau de la lacune (manque de peinture et éventuellement de préparation), mais aussi de reconstituer le relief de la peinture ou imprimé en elle (empâtement, coup de pinceau, grains de la toile). , les techniques utilisées dépendront de l’état, mais aussi de l’histoire et de l’origine du tableau. Il existe une bipolarité esthético-historique de la restauration.

C’est le "fameux et problématique" équilibre entre la lisibilité et le respect de la patine. Ainsi, pour exemple, on ne systématise pas la réintégration réintégration L’ expression désigne l’ensemble des opérations nécessaires à reconstituer un manque de l’image. On y distingue le masticage (première opération) qui permet d’une part la mise à niveau de la lacune (manque de peinture et éventuellement de préparation), mais aussi de reconstituer le relief de la peinture ou imprimé en elle (empâtement, coup de pinceau, grains de la toile). picturale à 100%. Plus une oeuvre est vieille, moins on la retouche ! On en bloque les dégradations, mais on ne systématise pas la reprise de ses manques. Cela peut aussi provenir du support, pour exemple les peintures murales. Il est nécessaire d’évaluer le préjudice que la peinture a subi par rapport à celui qu’on peut lui faire subir en réintégrant de façon abusive. Il est à noter qu’un tableau ayant perdue plus de 30% de sa couche picturale perd près de la moitié de sa valeur.

Chantier de restauration : le rentoilage

Conclusion

Restaurer n’est pas remettre à neuf : l’œuvre a traversé le temps, sa matière s’est transformée et aucune restauration ne pourra prétendre, ni même penser prétendre lui redonner son état initial. De plus, les traces de son histoire sont souvent un critère de valeur pour le tableau, ainsi, pour exemple, on ne retouche pas des craquelures d’âge qui accordent au tableau une partie de ses lettres de noblesse. De même, on ne cherche pas à corriger l’accroissement de la transparence du liant... Tout cela nous amène à la notion de patine.

La patine est la marque normale laissée par le temps qui passe, par l’environnement, et par les actions des hommes. Ce n’est pas simplement une question de profondeur de dévernissage. Si la patine tient en partie aux vernis anciens, ceux-ci ne sont pas les uniques témoins de l’âge et du parcours dans le temps du tableau. Les craquelures d’âge, dues aux mouvements du support et au séchage naturel de la matière rentre dans la patine ; l’évolution irréversible et naturelle de certains pigments (décoloration des laques, brunissement des verts de cuivre, noircissement du bleu azurite, décoloration du bleu de smalte...) rentre aussi dans la notion de patine.

Autre exemple, l’exsudat fait partie de la patine. L’exsudation des liants est la remontée de l’huile durant les premières années de séchage, ou plutôt le tassement des pigments. Cet exsudat va jaunir, et devenir plus transparent, il va donc changer la couleur, néanmoins, il fait partie intégralement de la structure profonde du tableau et ne peut en cela être enlevé.

La préservation de l’exsudat passe le plus souvent par le fait d’alléger le vernis et non de l’oter intégralement, ce qui présente un risque pour cette fragile couche de matière.
C’est l’oeuvre qui, en vieillissant, et en répondant aux agressions de son environnement, crée sa patine. Il est donc nécessaire pour le restaurateur d’exercer son oeil à distinguer l’évolution naturelle de l’évolution accidentelle.

Restauration conservative : les bandes de tension

La patine est une notion récente (1966) mise au point par M. philippot. Pour respecter l’historicité et la patine d’une oeuvre il est nécessaire de ne pas trop en faire (le mieux est l’ennemi du bien), d’avoir à l’esprit qu’une restauration trop poussée a de grandes chances de trahir l’oeuvre, de l’alourdir, et notamment avec un excès de retouches. De faire ce qui doit être fait et de ne pas sous-estimer non plus les travaux à effectuer, surtout du point de vue conservatif.

Avant toute chose la mission du restaurateur est, avant même de mettre à jour une bonne lisibilité de l’oeuvre, de lui permettre de se préserver à travers le temps, peut-être en attendant que de nouvelles techniques permettent une restauration plus complète avec moins de risque.

Enfin, avoir une pleine et entière conscience que chaque tableau est une oeuvre et que chaque oeuvre est unique. Restaurer, c’est être au service et à l’écoute de l’oeuvre, de celui qui la possède et de celui qui l’a faite. C’est mettre l’oeuvre en valeur sans, ni trahir son origine, ni effacer son histoire, enfin, c’est aussi et surtout respecter son fragile équilibre.

Un bon restaurateur de tableau est un restaurateur qui sait s’arrêter.

Pour cela un restaurateur est quelqu’un qui doit posséder certaines qualités : la patience, l’application, une attention et une concentration permanentes, le respect pour tous travaux et donc pour autrui (celui qui a créé) et c’est enfin quelqu’un qui doit en permanence se remettre en question afin de ne jamais posséder une assurance trop... présente qui ne lui permettrait pas de garder sa vigilance... mais qui ne peut travailler sans assurance non plus !